Sonic Forces, c’est le fruit d’une longue histoire. Le hérisson bleu fait partie du cœur des joueurs depuis plus de 25 ans, et à l’image de ses loopings, a connu des jeux d’anthologie comme des jeux d’une médiocrité parfois légendaire. Il a même tenté un semi-reboot avec le conspué Sonic Boom (l’auteur a eu trois crises d’épilepsie en écrivant ces deux mots). Et SEGA sortait Sonic Mania, comme si les erreurs du passé n’avaient jamais existé. Comme si Sonic avait vaincu sa pénitence. Sonic Forces, c’est l’épreuve d’Icare. A ceci près qu’il connaît le même sort.

Eggman : Marchons sur les oeufs

Les trailers du jeu nous ont mis dans l’ambiance pendant des mois : cette fois, Eggman a décidé de mettre tout Mobius (ou la Terre ? Ou les deux ? On n’a jamais su) en Position Latérale de Sécurité. En bon king du game, il a décidé de conquérir le monde en trois jours. Ambitieux.

Sonic Forces

Eggman dans Sonic Forces. Cette fois, c’est du sérieux.

 

Et pour ça, qu’a-t-on à disposition ? Un nouvel antagoniste, qui n’est pas un hérisson, mais un chacal : Infinite, qui arbore sur sa poitrine un rubis un peu particulier. Non, ce n’est pas une Chaos Emerald (qui sont d’ailleurs absentes dans ce jeu), mais un « Rubis Fantôme ». Ce rubis, aux pouvoirs mystérieux, constitue une formidable source d’énergie, mais elle crée également de nombreuses illusions et les rendent réelles. Sitôt ce pouvoir entre les mains, Eggman envahit la capitale, et Sonic est vaincu par Infinite. Pendant six mois durant, notre Knuckles adoré aura la lourde charge d’organiser la Résistance, accompagné de tout le gratin des précédents jeux Sonic.

L’énergie, au passage, a aussi un peu dévissé les dimensions. Et l’on retrouve de nouveau Classic Sonic pour aider l’équipe à vaincre le grand méchant, à croire que le jeune hérisson ne se contentait plus de l’excellent Sonic Mania, il veut quand même revenir. On dirait presque un politique à bout de souffle… Et à raison, nous y reviendrons plus tard.

Si sur le papier l’histoire semble terriblement alléchante (les intrigues « sombres » ont souvent fait de bons Sonic, exception faite de Sonic the Hedgehog 2006 pour des raisons de gameplay), malheureusement, ça ne va pas plus loin. En dehors d’Eggman, qui devrait jouer ce rôle de méchant sérieux plus souvent, tout a été bâclé. On ne connaît le passé d’Infinite que grâce à la préquelle en bande-dessinée et un peu par l’Episode Shadow, et en dehors de son caractère prétentieux, le personnage n’a aucun développement. Modern Sonic a subi six mois de torture (et a été laissé pour mort) et ressort comme s’il avait passé les vacances au Club Med, le reste n’est là que pour de la modeste figuration. Et j’espère que vous saurez vous accrocher quant au pourquoi tous les anciens big boss sont revenus, vous n’allez certainement pas aimer. Mais quand même, ceux qui voient les comptes Facebook et Twitter officiels du hérisson bleu le savent : le troll, ça les connaît. Et même si le scénario est pauvre, les punchlines sauront vous faire rigoler. A quand un jeu Sonic Rap Battle ?

 

 

T’es qui toi ?

Mais Classic Sonic ne sera pas le seul hurluberlu à combattre les robots du monsieur Robotnik. C’est la plus grande nouveauté de Sonic Forces : un nouveau personnage, qui n’est autre que vous-même. Après une cinématique d’introduction, vous avez le choix entre sept options : le hérisson (la base), le chat, le loup, l’oiseau (ce que votre serviteur a choisi), le lapin, le chien et l’ours. Chacune de ces races a ses propres caractéristiques : le hérisson récupérera ses Rings perdus plus facilement, l’oiseau pourra exécuter un double-saut.

Vous aurez donc la possibilité de choisir vos yeux, votre « coupe de cheveux », et quelques couleurs pour personnaliser votre incarnation. On pourra regretter des choix un peu « enfantins », la plupart donnant un côté trop candide pour des joueurs ayant attendu cette feature pendant des années. Les choix sont également maigres, mais compensés par la grande palette de vêtements à débloquer. L’intention reste louable et l’on imagine que les fans vont enfin pouvoir se défouler sur Sonic Forces plutôt que sur leur page DeviantArt. Les vrais savent.

Sonic Forces

PIAF PIAF de votre serviteur, au début

 

Mais le problème étant que dans le récent historique des longues licences autorisant enfin la création d’avatars, le dit personnage souffrait d’une présence des plus anecdotiques. Je pense bien sûr à la série des Dragon Ball Xenoverse. Ici, heureusement, l’avatar déroge à la règle. Si l’on ne l’entendra pas parler, l’avatar a son propre développement (bien qu’il soit cliché, du froussard au courageux). Il aura parfois un rôle plus important que Sonic en lui-même, ce qui est un exploit, quand on voit à quel point tout tourne autour de lui. La mise en scène dans les niveaux lui fait également un grand honneur. Des mini-cutscenes s’insèrent parfois dans les niveaux (certains même avec des petits QTE), et le moins qu’on puisse dire, c’est que bon sang, notre avatar est badass. On aime l’incarner. Et plus le temps passe, mieux c’est.

Sonic Forces

Sonic “Gurren Lagann” Forces

 

L’avatar dispose également du Wispon (fallait bien un moyen de faire revenir ces bestioles), une arme se nourrissant de l’énergie des Wisps, qui existent en plusieurs sortes : fouet électrique, lance-flammes… Mais la qualité réelle de ces armes est inégale : certains interrompent un peu le rythme de l’action pour tataner de la ferraille. D’autres rendent la traversée des niveaux avatar bien trop simple (le fouet électrique octroie également le pouvoir du Light Dash, permettant de voler à travers une lignée de Rings… Mais aussi les ennemis, désormais).

 

Qui s’y frotte s’y pique, l’art de la maxime pour un sous-titre à pas cher

Vous connaissez un peu la maison, ça court, ça court, le furet ! Sonic Forces arbore le Hedgehog Engine 2, à savoir une version améliorée du moteur de Sonic Unleashed, Colors et Generations. Nous avons donc des graphismes très, très soignés. Le jeu est beau, ça, il n’y a pas à dire. Même si on a parfois du mal à admirer le paysage quand on déboule à toute vitesse sur l’autoroute. L’une des tares que l’on avait pu connaître sur les niveaux de Classic Sonic a d’ailleurs été corrigée : le paysage n’est plus aussi surchargé, ce qui rend l’action plus lisible. L’effort est général, mais pas au faîte.

Car malheureusement, SEGA a aussi changé quelques points de physique. Passer après Sonic Mania et sa réalisation parfaite n’était pas une mince affaire. Mais quand même : les sauts sont beaucoup plus lourds et semblent moins précis, et l’inertie sur une simple course est absente. J’entends par là que si Classic Sonic descend une pente, il ne gagne pas en vitesse, et le maximum est dépassé soit par item, soit par accélérateur. L’absurdité est là quand vous descendez une pente sans accélérateur, alors que derrière vous avez un demi-cercle nécessitant de la vitesse pour être traversé… Et que vous n’avez pas l’élan suffisant. Très grosse faute.

Par extension, cela signifie aussi que le gameplay n’a (pratiquement) pas changé d’un Ring. Pour les niveaux du Modern Sonic, c’est tout simple : les pas de côté, la touche Boost, le Homing Attack plus téléguidé que jamais. C’est efficace, les sensations sont là. Le problème, c’est que l’on perd les séquences de drift… Qui ont été déplacées pour le mode avatar (et en scripté). Tout comme le Light Dash sus-cité.

Pour le Classic Sonic, aucune modification à l’horizon si ce n’est un retour du Spin Dash à l’ancienne, qui force de nouveau à exécuter le bon vieux « Bas + Saut ».

L’avatar a donc hérité des pertes constatées sur le Modern Sonic. À noter que nous avons également des séquences Tag avec l’avatar et Modern Sonic ensemble. Elles se traduisent souvent par un gameplay combiné et sont agréables à traverser. Le seul moment gênant est lorsque les deux décident d’activer leur « Boost » pour quelques secondes d’intense vitesse à dégommer tout ce qui se trouver sur leur route. C’est très beau, c’est bien mis en scène… Mais quel intérêt ?

Sonic Forces

Le Tag Team : épique, mais trop linéaire

 

SEGA a cru bon de diviser les features pour rendre chaque séquence plus intéressante. Le problème, c’est qu’on se retrouve avec la culture et la confiture. Et les mécaniques de gameplay ne sont pas les seules à recouvrir ce symptôme.

Car oui Dr. House, il y a quelque chose qui selon moi est pire : concernant la longueur des niveaux, ce n’est plus tronquer, mais amputer. Peut-on m’expliquer comment un niveau de Sonic se règle en maximum 3 minutes si l’on emprunte les meilleurs passages ? C’est ridiculement court. Car non seulement on perd l’adrénaline, mais le plaisir de jeu pourtant poussé par un level design sympathique est lui aussi coupé. On y croit au début, puis on retient notre souffle en passant un obstacle, préparé pour le prochain… Et c’est tout. Imaginez un instant passer une folle nuit d’amour, pour au final quelques minutes de préliminaires. C’est pareil. Sans spoiler, sachez que la séquence qui m’a pris le plus de temps est le boss final, avec 5 minutes.

Et c’est sans compter sur l’extrême linéarité. Les chemins alternatifs de chaque niveau ne se comptent pas sur les doigts de la main, mais plutôt sur vos avant-bras. Ca va tout droit, vous vous contentez de suivre le chemin indiqué, si vous êtes talentueux, vous irez plus vite avec les passages dédiés. Mais c’est tout. Le niveau supérieur de linéarité aurait été Uncharted. Et ce n’est pas un jeu de plateformes.

 

Conclusion :

Comptez 5 heures (grosso modo) pour finir l’histoire principale, pour 30 étapes. 20 minutes en plus pour le DLC Episode Shadow proposé gratuitement. Quelques « missions SOS » et des niveaux Extra sont là pour rembourrer un peu ; et la présence des Red Rings pour donner accès à Super Sonic (grand abonné absent de l’histoire). On se plaît à surprendre quelques vieux thèmes issus de nombreux jeux : All Hail Shadow de Shadow the Hedgehog, un remix du boss fight de Metal Sonic issu de la version américaine de Sonic CD (dans une époque où le Japon est idolâtré)…

En somme, le jeu avait toutes les qualités pour un des meilleurs Sonic 3D jamais produits, et SEGA a gâché son potentiel si magistralement que ça en serait presque de l’art. Peu de signes pouvaient conduire à ce résultat, surtout au vu de la communication efficace de l’éditeur. Nous parlions dans un autre article des enjeux sur cet épisode : le constat est négatif. Sonic Forces se résume en cette maxime : « un homme à tout faire n’est maître d’aucun art ».

 

Les plus :

  • Graphismes soignés
  • Bonne mise en scène
  • La création d’avatar, enfin !
  • La bande-son, entre neuf et nostalgie
  • Le DLC Episode Shadow gratuit
  • « Que » 40 euros

Les moins :

  • Prétexte bidon pour plus de Classic Sonic, laissez ça à Sonic Mania
  • Niveaux trop linéaires, allant du tronqué à l’amputé
  • Gameplay lui aussi tronqué pour l’avatar
  • Pas de Super Sonic dans l’histoire
  • Thèmes et personnages négligés
  • Des vieux méchants juste là pour être là