Shadow of the Colossus, c’est un nom bien connu des adeptes du jeu vidéo. Parangon de l’art avant le reste, le jeu avait charmé sur PlayStation 2 malgré de fortes lacunes techniques. Et en 2018, on remet le couvert, avec une version entre le remake et le remaster. Et ça fait du bien.

L’Attaque des Titans (en mieux)

Ainsi, nous retrouvons notre inconnu (parfois nommé Wander), à cheval et prêt à sauver une petite amie qui a manifestement oublié de mettre le réveil. Désespéré, il décide donc de voler une épée sacrée et d’aller chasser dans des terres interdites. Même Simba n’aurait pas osé. De là, une entité divine lui propose donc un deal : aller latter du colosse pour que Blanche-Neige ouvre les yeux. Autant vous dire que la première fois qu’on en rencontre un, vous vous direz soit “Ah ouais, d’accord”, soit “Je veux retourner chez moi s’il-vous-plaît, je vous laisse la fille s’il le faut”. Impressionnant.

Shadow of the Colossus

“Moi et le gars dont elle me dit de ne pas s’inquiéter”

Ce ne seront pas moins de 16 colosses qu’il faudra occire. Chaque affrontement est divisé en plusieurs phases : trouver sa localisation à l’aide de votre épée, qui scintille plus ou moins intensément quand vous la pointez dans la bonne direction (sorte de Docteur Maboule pour adultes). Une fois que vous êtes arrivé dans la zone, le colosse se réveille et il vous faudra trouver le moyen de l’escalader. Contrairement à l’Attaque des Titans, ce fameux manga, il vous faudra être ingénieux et trouver le pattern qui vous mènera à agripper sa fourrure. Enfin, il faudra frapper dans ses points faibles pour faire descendre ses points de vie. Avec juste une épée et un arc, Rambo peut se rhabiller, à l’aise.

Bien entendu, le colosse ne se laissera pas faire : il vous attaquera occasionnellement, et tentera de vous faire tomber lors de quelques sessions de rodéo à faire trembler le Texas. Votre jauge d’endurance sera donc primordiale et il faudra parfois trouver les bons moments pour rester debout sur le colosse sans tomber. Un vrai jeu d’équilibriste à plus d’un titre. Ces combats sont donc des sortes de “puzzles” uniques à résoudre en temps réel, puisque tous sont différents, et vont du simple colosse au ptérodactyl, en passant par un buffle.

Un point noir vient obscurcir (héhé) ce tableau : la maniabilité du cheval. Agro, c’est le nom du fidèle destrier ; et s’il aime gambader dans les champs et les surfaces rocailleuses, il est moins agréable à manier. Car certains assauts requièrent son soutien, et celui-ci est malheureusement peu maniable : Agro est lourd, et c’est agréable en phase d’exploration. C’est aussi un point valide dans l’immersion. Seulement voilà : cette lourdeur devient un handicap lorsqu’il s’agit de jauger la distance, de tirer à l’arc… Le pompon restant lorsque le cheval est à l’arrêt en pleine chasse de colosse : il est incroyablement lent à démarrer. Est-ce mon côté râleur qui m’a fait dire : « mais il y a un fichu colosse prêt à faire passer l’affaire Spanghero pour un conte d’enfants ! Démarre ! » ? Heureusement, vous affronterez souvent les colosses seul.

Shadow of the Colossus

“Là, où je t’emmènerai”


Nature morte-vivante

Le jeu, en soi, n’a pas changé d’un iota, les assets ayant été entièrement refaits. Ça se voit, et ça fait du bien ! À quelques détails près, c’est assimilable à une bonne séance de chirurgie esthétique, sauf que c’est bien vu. Le jeu est peut-être « vide », mais il est beau et est accouplé à une direction artistique des plus inspirantes, et dont la mythologie fait que de toute façon, des « terres interdites » peuplées auraient été pas si interdites que ça.

N’étant pas homme à dire « ok le jeu est vide mais fiou trop la claque », je tiens à insister justement sur le point de la direction artistique. J’aime bien, de temps à autres, les jeux qui ont à cœur de faire ressentir quelque chose jusque dans leur conception ; ces jeux qui misent beaucoup sur la qualité de l’art plutôt qu’à des centaines de PNJ à qui on ne parlera de toute façon jamais. Ça peut aller de Xenoblade Chronicles X à Hyper Light Drifter, ce dernier n’étant pas si éloigné de Shadow of the Colossus : on atterrit quelque part, on découvre un peu l’univers par l’exploration (même si le jeu indépendant cité a une trame scénaristique plus prononcée) et les décors semblent nous dire quelque chose. Du Fumido Ueda dans toute sa splendeur.

Shadow of the Colossus

Ces mini-autels permettront de sauvegarder à mi-chemin et de restaurer votre santé

Mais si la seule exploration suffit à illustrer l’importance de la dimension artistique dans le jeu vidéo dans son ensemble, Shadow of the Colossus proposant un plan de caméra et des décors tous dignes d’être des fonds d’écran magistraux, le plus gros de l’intensité se dissimule dans les combats contre les colosses. Je parlais d’intensité, mais ces phases sont à couper le souffle. En dehors de quelques soucis de caméra, on ressent l’oppression du combat et les efforts de notre héros quant à le mettre au tapis. Les animations y participent : on le voit trébucher, glisser, s’agripper fermement ; et si ce sont des détails aujourd’hui naturels, l’immersion est un tout. Rajoutez à cela l’animation des poils de fourrure des colosses, c’est poétique.

Niveau sons, c’est également orgasmique : on perçoit également la précision des bruitages et leur réalisme. Si Wander marche dans l’eau ou dans une surface humide, puis marche au sec, vous entendrez le bruit des bottes trempées. Mêlez cela au bruit des sabots, le vent qui souffle en hauteurs, les feuilles en forêt, l’eau des rivières… C’est tout simplement fabuleux.

À noter que la technique est elle aussi au rendez-vous : le jeu tourne sans accroc à 30 images par seconde sur PlayStation 4, et monte jusqu’à 60 sur PlayStation 4 Pro. Pour ceux qui ont connu l’épisode original, (re)vivre cette aventure dans ces conditions est du pain béni.

Une durée de vie frêle

Il serait presque injuste d’en parler en ces termes : Shadow of the Colossus est plutôt court. Tout du moins si votre objectif est de le finir en ligne droite : le jeu peut être fini en 6 heures en mode de difficulté Normal, si vous avez à cœur de foncer en direction de chaque colosse, de le ratatiner assez efficacement, et de passer au suivant. Néanmoins, c’est sans compter la présence de petits éléments à chasser pour augmenter votre vie et votre endurance à travers toute la map, et le sentiment d’une thérapie à parcourir les plaines interdites. Un New Game + ainsi qu’un mode Time Attack sont également présents, pour satisfaire les speedrunners et ceux qui ont à coeur de compléter le jeu à 100%, par la présence de bonus divers (de skins jusqu’à des armes plus efficaces). Vous pourriez passer ainsi une vingtaine d’heures à décortiquer Shadow of the Colossus en long et en large. Et pour rendre justice à ceux qui aiment jouer en ligne droite : d’accord, c’est court, mais chaque colosse est un exemple d’architecture et sait se rendre unique, c’est de la qualité avant la quantité.

 

Conclusion

On aime :

  • Le remake est graphiquement magistral
  • Une direction artistique vertigineuse
  • Une bande-son et des bruitages des plus justes
  • Peu d’histoire mais beaucoup d’émotions
  • Les colosses sont un plaisir à rencontrer
  • Un post-game qu’on apprécie

On aime moins :

  • Agro, difficile sur les combats
  • La caméra, parfois bizarre