Cela fait maintenant 15 ans que les Belges de Larian Studio nous font explorer les contrées de Rivellon, à travers les différents opus de leur saga Divinity. Depuis 2002, année de sortie du premier opus Divine Divinity, Larian a sorti plusieurs jeux d’excellente qualité, basés sur le même univers et la même timeline, faisant varier le gameplay à chaque opus (Hack’n Slash, RPG à vue isométrique en temps réel, Action RPG à la troisième personne et même de la stratégie/Action/RPG avec l’opus Divinity: Dragon Commander !).

C’est en juin 2014 que débarque alors sur PC Divinity: Original Sin. Kickstarté avec panache (1 million de dollars de dons atteint sur les 400 000 demandés par le studio), ce nouvel opus de la saga lorgne cette fois-ci du côté du jeu de rôle au tour par tour en vue isométrique. Le jeu est un franc succès lors de sa sortie, aussi bien critique que commercial, et le studio portera également son jeu sur console un peu plus d’un an après dans une version Enhanced (améliorée à tout les niveaux et enrichie en contenus), version également disponible sur PC (avec une mise à jour évidemment gratuite pour les acheteurs de la version originale).

C’est cet excellent titre et son suivi plein d’amour qui fera passer le studio dans une nouvelle dimension, Larian Studio devenant un grand ponte du RPG occidental ; un genre qu’on pensait mort il y a quelques années et qui a été dépoussiéré d’une main de maître. Sa suite nous arrive cette année en même temps que les premières feuilles d’automne, avec l’ambition de faire encore mieux. (On reviendra plus bas sur les quelques défauts du premier opus). À l’aventure, Héros !

 

Divinity: Original Sin 2

Une belle brochette de vainqueurs

 

C’est une bonne situation ça, Sourcelleur ?

Dans Divinity Original Sin premier du nom, vous jouiez un traque-source, sorte d’inquisiteur chargé de chasser les sourcelleurs (magicien corrompu par une magie obscure et interdite qu’on appelle la source, évidemment), et une “banale” enquête sur un meurtre vous avait alors mené vers un destin de grande envergure (divine même). Ce scénario, qui malheureusement manquait cruellement d’un réel souffle épique, était, selon moi, le gros point noir du jeu.

Dans cette suite vous changez donc de bord, puisque vous incarnez un sourcelleur justement, et dans de beaux draps : l’aventure commence alors que vous êtes sur un bateau voguant sur une île-prison ; affublé d’un collier vous empêchant d’exercer toute magie autour du cou. Sans vous dévoiler l’intrigue, celle-ci est beaucoup plus travaillée et inspirée que celle de son prédécesseur (qui avait énormément de mal à trouver un équilibre entre son scénario sérieux et l’humour omniprésent), avec une histoire beaucoup plus sombre et mature. L’écriture est de très bonne qualité, et les quêtes secondaires ne sont pas en reste. Rassurez-vous, l’humour reste néanmoins présent (c’est une des marques de fabrique du studio, me direz-vous) mais le dosage est disons, beaucoup plus subtil.

Une réalisation au top

Encore plus beau que son prédécesseur (qui était déjà extrêmement joli et soigné) Divinity: Original Sin 2 est une vraie ode au dépaysement et au voyage. Que ce soit à l’intérieur d’une taverne bruyante, d’une forêt luxuriante ou dans un donjon obscur, chaque endroit a bénéficié d’un soin et d’une passion d’orfèvre. Riches, animés, cohérents, fourmillants de détails, on arpente les environnements de Rivellon avec un plaisir incroyable. On sent tout l’amour qu’a injecté Larian dans chaque parcelle de son univers, et rarement un jeu n’avait atteint une telle richesse visuelle. Une technique solide et maîtrisée au service d’une direction artistique au top. Histoire de parfaire le tableau, la partie sonore n’est pas en reste avec des ambiances variées et immersives, un doublage intégral en anglais et des compositions musicales de très grandes qualité. Un sans faute au niveau de l’enrobage.

 

Divinity: Original Sin 2

Des extérieurs réussis

 

Guerrier, Mage ou Polymorphe ?

Avant de se lancer dans le grand bain, il va falloir passer par la sempiternelle case création du personnage. Classe, race, sexe, le jeu vous permettra de créer un avatar qui vous ressemble (la phase de création de personnage étant en général un passage douloureux car interminable…). La petite nouveauté, ce sont les personnages “origin”, des personnages avec un lore préconçu (et très bien écrit) et par conséquent une intrigue et des quêtes qui leur sont dédiées dans le jeu. Dans ce cas précis, la race et le sexe sont imposés, mais sa classe reste entièrement personnalisable (ainsi que son apparence), même si cela ne colle pas forcément à son background en matière de Role Play. Si vous souhaitez prendre un personnage générique, sachez que vous pourrez recruter des compagnons ayant ce lore, pour ne pas passer à côté de tout cela (et Dieu sait que ce serait dommage, au vu de la qualité d’écriture dont ont bénéficié ces 6 archétypes). Bien vu.

 

Divinity: Original Sin 2

Un éditeur de personnage très complet

Baston ! 

Divinity boxe dans la catégorie des RPG pur jus, et quand on n’est pas occupé à se fritter, on explore, on fait les tavernes, on aide les péquenots du coin et on accomplit sa destinée. En gros. Et sur ce point-là, Divinity: Original Sin 2 se veut encore une fois très généreux. L’exploration et la curiosité sont régulièrement récompensées, et le jeu a le mérite de ne pas prendre le joueur par la main. Certaines quêtes ne disposent parfois que de très peu d’indications (c’est parfois même abusif à mon gout, à l’instar du premier épisode) et vous serez régulièrement récompensé de votre sagacité.

En ce qui concerne les combats, le jeu reprend les excellentes bases de son grand frère, avec quelques ajustements et nouveautés. On est bien plus dans l’évolution que dans la révolution. Lorsqu’on arrive à proximité d’un groupe d’ennemis, le combat se lance, avec nos actions à effectuer lors de notre tour de jeu (déplacement, attaque au corps-à-corps, sort etc.), et idem pour les ennemis. Du classique en somme, mais le sel des combats de Divinity, c’est l’accent très fort mis sur les éléments et les surfaces. Entendez par là qu’une boule de feu qui crame tout est encore plus létale si les monstres qui se la prennent se trouvent sur une flaque d’huile. Pareil avec un petit éclair de derrière les fagots, couplé à des flaques d’eau. Vous avez saisi le concept ? Les combats se veulent par conséquent extrêmement fun, tactiques et créatifs (parfois tordus), avec des centaines de possibilités à la clef (qui parfois se retournent même contre nous… et attention au friendly fire). Vous détailler toutes les possibilités serait extrêmement long. Petit bémol sur la difficulté des combats, parfois mal dosée : on peut se retrouver avec des combats excessivement difficiles.

Au rayon des nouveautés, on note principalement la réduction du nombre de points d’actions par tour (ce qui n’est pas un mal), de nouveaux effets de surface (béni ou maudit) et la mise en place d’une jauge d’armure physique et magique, qu’il faut faire baisser entièrement pour pouvoir mordre dans celle des points de vie.

L’un des aspects principaux du jeu reste la gestion de votre groupe d’aventuriers, afin d’obtenir une équipe homogène et équilibrée. On passe de longues minutes dans l’inventaire, entre hache +2 et autre sorts d’armure magique, et il ne faut pas être rebuté par toute cette micro-gestion, inhérente au genre. Vous voila prévenus.

 

Divinity: Original Sin 2

Vous parlez d’un bazar !

 

En coop jusqu’à 4 !

 Feature suffisamment rare de nos jours pour être soulignée, la possibilité de jouer en coop à 2 en local (oui oui vous avez bien lu), un au clavier et l’autre avec une manette, et jusqu’à 4 en ligne. On rajoute à ça un mode “Arena” qui vous permettra d’affronter d’autres joueurs sur une carte dédiée, et le mode “Maître du jeu”, où vous créez votre propre campagne pour y martyriser vos petits copains. C’est plus gadget qu’autre chose pour l’instant, mais on note l’énorme travail de Larian pour rendre son bébé le plus complet possible. Encore un excellent point pour les Belges.

Vous en aurez pour vos pièces d’or

Dernier point, et non des moindres (surtout dans un RPG, à mon sens) : la durée de vie. Là-dessus, le jeu fait également un quasi sans faute, puisque la durée de vie est tout simplement colossale… Entre une quête principale épique et haletante (divisée en 3 actes) et une multitude de quêtes annexes (votre journal de quêtes débordera régulièrement), vous en aurez facilement pour 80 heures pour conclure la quête principale (à un rythme normal, sans rusher) et pas loin de 200 pour parcourir l’intégralité du jeu et de son contenu. De très longues nuits blanches en perspective.