La place des personnages féminins dans les jeux vidéo

Alors que nous fêtions il y encore quelques jours la Journée Internationale des Droits des Femmes, il nous est apparu logique de faire un article sur la présence des personnages féminins dans les jeux vidéo. Tantôt princesse en détresse, tantôt héroïne badass qui n’a besoin de personne pour s’en sortir, nous allons voir que les profils sont bien différents et qu’ils ont évolué au fil du temps.

La victimisation des personnages féminins dans les jeux vidéo

La princesse en détresse

Quand on parle de personnages féminins dans les jeux vidéo, la première image qui nous vient c’est l’image de la princesse qu’il faut sans cesse sauver. C’est ce petit être frêle et sans défense qu’il faut à tout prix protéger. Oui, car la femme est une petite chose faible qui doit toujours attendre après un homme pour s’en sortir. La première princesse qu’on pourrait facilement citer c’est Peach, de l’univers de Mario. Cependant, historiquement, c’est bien Daisy qui fut la première princesse à être sauvée par le plombier italien, qui s’appelait alors Jumpman. Donkey Kong de 1981 reprend sans nul doute l’histoire de King Kong qui enleva la belle blonde pour l’emmener en haut de l’Empire State Building.

Toujours dans l’univers de Nintendo, on peut citer Zelda qui demande au valeureux Link (et pas l’inverse) de sauver la contrée d’Hyrule. Bon, ok, ce n’est pas vraiment une princesse sans défense puisque dans Ocarina of Time elle prend les armes sous les traits de Sheik. Et puis n’oublions pas bien sûr les versions sur CD-i de PhilipsZelda était elle-même un personnage jouable.

Parce qu’il n’y a pas que les princesses dans la vie, on va se pencher sur d’autres types de profils qui sont un peu plus intéressants.

La femme relayée au second plan

Je ne sais pas si vous aviez remarqué, mais la plupart du temps les femmes campent souvent les seconds rôles, et ce sont souvent des rôles de soutien. Prenez par exemple Aeris de Final Fantasy VII. Elle est décrite comme étant un personnage avec une faible attaque et une faible résistance mais qui use assez aisément de la magie blanche. Aeris est surtout utilisée pour les sorts de renforcement ou de soin comme le Grand Evangile qui permet de soigner toute l’équipe en un seul tour.

Dans Naruto Online, autre exemple, qui est un jeu sur navigateur développé par Bandai Namco eux-mêmes, toutes les protagonistes, à part quelques exceptions, sont des personnages de soutien. Sakura, Tsunade et Shizune permettent de soigner l’équipe. Chiyô permet de ressusciter un personnage qui a succombé lors du combat. Kurenai permet d’augmenter la défense des alliés. Hinata, enfin, a une excellente défense et empêche ses opposants d’attaquer ses amis. Comme vous pouvez le constater, ses personnages sont relayés au second plan alors que dans l’animé ou le manga, ces personnages sont bien plus utiles. Comme s’il y avait un besoin irrésistible de les rabaisser.

Cette deuxième catégorie de personnages féminins est en réalité une variante de la princesse en détresse, sauf que celle-ci n’hésite pas à se rendre sur le terrain au risque de sa vie.

Malheureusement, les développeurs ont vite compris que les personnages féminins pouvaient être un excellent argument de vente puisque, à l’époque, la majorité des joueurs étaient des hommes. Pour rappel, aujourd’hui, la courbe tend à s’inverser mais ce n’est pas pour autant qu’on voit des personnages masculins se balader en maillot de bain (injustice !). Vous l’aurez compris, on va parler maintenant de la sexualisation des personnages.

La sexualisation dans les jeux vidéo

Le premier personnage à avoir été conçu dans cette optique, c’est Lara Croft, qui devient par la même occasion la première héroïne principale d’un jeu vidéo. Cet Indiana Jones au féminin a en effet tous les atouts pour séduire les jeunes mâles : brune à forte poitrine et une taille de guêpe que tous les mannequins pourraient envier (ou pas). Il faut dire qu’à l’époque, la technologie n’était pas la même que celle d’aujourd’hui et, faute de polygones suffisants, sa poitrine ressemblait surtout à deux cornets de glace, mais cela suffisait amplement pour faire parler d’elle. Pour étayer mon argument, voici ce qu’aurait dit Toby Gard, le créateur de Lara Croft : « Si le joueur veut regarder un cul pendant des heures, autant que ce soit un joli cul ». Charmant.

A l’inverse, Lara est devenue, malgré elle, un symbole du féminisme et des joueuses : pour une fois qu’une femme était mise au premier plan ! C’est ainsi que les gameuses ont commencé à s’affirmer.

 

Cependant, la sexualisation ne s’est pas arrêtée, loin de là. Les jeux de combat en sont un très bon exemple. Prenons Dead or Alive, un jeu de combat qui met en scène principalement des ninja. Dans certaines versions du jeu, si l’on indiquait qu’on avait au moins 100 ans, la poitrine des combattantes triplait de volume. Déjà qu’il ne restait plus beaucoup de place dans leur costume. Il ne faut pas oublier Dead or Alive Xtrem, qui est le jeu par excellence pour les jeunes hommes en mal d’amour de compagnie féminine. Ce n’est, ni plus ni moins un jeu de plage où la sexualisation est à son apogée. Bien loin du jeu de combat, les combattantes sont toutes en maillot de bain et s’échangent des gentillesses lors de matches de « bitch » volley ou alors en se bousculant autour d’une piscine. Dernièrement, la licence a récidivé puisqu’est sorti uniquement au Japon un jeu de réalité virtuelle où il est possible de les « mater » sous toutes les coutures dans leur maillot de bain deux pièces (enfin, ce qu’il en reste).

Il y a tellement de jeux qui ont suivi la tendance, que si on devait tous les citer, on y serait encore demain. Même Samus de Metroid s’est mise à la sexualisation. Et ne parlons pas de World of Warcraft. En somme, on peut légitimement se demander si le jeu vidéo rend réellement service à la cause féminine ou s’il enfonce encore un peu plus la condition de la femme perçue comme un objet de désir.

Heureusement que tous les personnages féminins n’ont pas été tous conçus dans cet objectif légèrement lugubre. En effet, dans cette dernière partie de cet article passionnant, nous allons voir que les femmes sont mises à l’honneur et qu’elles n’ont rien à envier à leurs homologues masculins.

L’émancipation des personnages féminins.

Aujourd’hui, il n’est plus rare de voir des personnages féminins dans le rôle principal. Et plus rien à voir avec la petite chose sans défense. Bien au contraire. Le Girl Power apparaît dans tous ses états et ça fait du bien !

Dis-moi, es-tu un garçon ou une fille ?

Alors qu’on n’avait le choix qu’entre un personnage masculin et un personnage masculin, de plus en plus de jeux nous permettent de choisir le sexe de celui-ci. À commencer par Pokémon. En effet, c’est à partir de la version Or / Argent / Cristal qu’on peut choisir si on est une fille ou un garçon. Et, depuis, la licence a toujours mis un point d’honneur dans ce choix binaire, allant jusqu’à mettre en scène les deux personnages dans les animés. D’ailleurs, le professeur semble avoir du mal à faire la distinction entre les deux sexes ! Dans la même veine, on peut également choisir son personnage dans Yokai Watch, un jeu également pour ceux atteints de collectionnite aigüe. Toujours chez Nintendo, il est possible de choisir son personnage et d’incarner donc l’un des protagonistes féminins.

 

Il ne faut pas oublier les jeux en ligne massivement multi-joueurs où le menu de personnalisation nous propose de choisir si on est un homme (ou du moins du sexe masculin) ou un personnage de sexe féminin.

N’oublions pas également Resident Evil, inspiré par Alone in the Dark, un jeu français ! En effet, dans le premier opus, on a le choix entre Chris ou Jill, et selon le choix du personnage, la difficulté diffère. Toutefois, dans le troisième volet de la saga, le joueur n’a pas bien le choix et joue avec Jill Valentine. Sauf quand elle est K.O., elle se fait remplacer par Carlos jusqu’à ce que Jill reprenne ses esprits. Et n’oublions pas Claire, Rebecca ou Ada Wong. Resident Evil est un bon exemple de la place du personnage féminin dans les jeux vidéo mais c’est aussi un bon exemple pour ses versions cinématographiques puisque c’est Alice qui incarne le personnage principal sur grand écran. Et autant dire qu’elle en jette et qu’elle a du cran. Une femme avec des cojones donc.

Dans une autre mesure, dans la saga des Ateliers, le jeu ne nous laisse guère le choix. Le joueur, fille ou garçon, incarnera une jeune fille qui apprend à maîtriser ses pouvoirs et ses compétences magiques tout au long du jeu.  Preuve que les mentalités ont commencé à changer. On est bien loin de la Lara Croft qui a été conçue pour assouvir certains fantasmes.

Il y a un type de jeu qui permet tout particulièrement de choisir son personnage. Nous allons parler bien sûr des jeux de combat.

Les femmes dans les jeux de combat

Quelque soit le jeu de combat, il a toujours été possible de choisir son personnage, féminin ou masculin. Les jeux de combat, et même Dead or Alive, nous montrent clairement des femmes qui n’ont pas peur de se casser un ongle ou d’avoir un œil au beurre noir pour la bonne cause. Lili, Chun Li, Camille, Helena, Kasumi, Asuka, Kristie, Anna, Nina … Il y en a tellement.

Tantôt femme-enfant, tantôt femme fatale, tous les profils sont présents dans les jeux de combats. Il est donc facile pour une joueuse de s’identifier et de choisir sa combattante préférée. Kayane, dans son livre « Le parcours d’une e-combattante » le dit elle-même : elle choisissait en priorité des personnages féminins puisqu’elle était une fille. Il était plus facile pour elle de s’impliquer dans les matches et d’y mettre tout son cœur. Est-ce que les développeurs auraient pensé que les protagonistes féminins attireraient des joueuses ? Car, comme évoqué plus haut, l’apparition des femmes dans les jeux vidéo avait surtout pour but d’attirer encore plus de joueurs toujours plus avides de pixels là où il faut. Les temps ont bien changé ! La tendance est en effet au girl power, et nous allons vous le prouver dans cette dernière partie.

Les héroïnes qui en ont dans le pantalon

Lara Croft était à la base créée pour ses formes généreuses mais les gameuses l’ont pensée différemment : elle est devenue la représentation de l’émancipation des femmes au détriment des hommes. D’une femme de caractère qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Et le plus grand rassemblement de cosplayeuses en Lara Croft en est un bon exemple. En effet, pour fêter les 20 ans de la franchise, Square Enix a organisé lors de la Paris Games Week de 2016 le plus grand rassemblement de Lara Croft. Et ce ne fut pas vain puisque cette performance a été enregistrée dans le Guinness Book des Records : ce sont plus de 270 cosplayeuses et cosplayeurs qui se sont grimés en la célèbre chasseuse de trésors.

Dans une tout autre franchise, on peut parler de Lightning de Final Fantasy XIII qui est le personnage principal des trois chapitres. On peut également citer Joanna Dark de Dark Zero qui est une espionne de renom ou encore de Bayonetta qui sont des femmes au caractère bien trempé et qui n’ont pas froid aux yeux. Plus les années passent, plus il est facile de citer des femmes qui ont un premier rôle qui n’a rien d’illusoire et d’instrumental.

Dans les années 2000, fini donc les femmes faibles et sans défense des années 1980. Alors que les femmes dans les sociétés modernes réclament plus de reconnaissance et d’égalité vis-à-vis des hommes, la femme s’émancipe d’abord dans le jeu vidéo. Non plus pour attirer les jeunes mâles pubères mais bien pour attirer une nouvelle catégorie de joueurs : la gameuse. Car oui, la gameuse ne se cache plus dans la foule de peur de se faire moquer par une horde d’hommes. Au contraire : elle tend à s’affirmer et à se faire reconnaître.

Pour terminer, nous allons parler d’un personnage les plus récents : Aloy de Horizon Zero Down. Clamée comme étant l’image du féminisme même sur les réseaux sociaux, c’est surtout un personnage qui a l’envergure d’un Cratos qui essaie de sauver le monde qu’elle connaît. Armée jusqu’aux dents et avec un mental prêt à surmonter toutes les épreuves, Aloy fait preuve de courage et fait oublier les premières représentations des personnages féminins. Ne voyez pas cela comme un geste de féminisme, mais comme une évolution normale dans les jeux vidéo : la femme tient enfin la place qu’elle mérite. Il n’est plus question de savoir si une femme peut être l’héroïne charismatique d’un jeu vidéo. C’est une héroïne de jeu vidéo, point barre.

Pour conclure, alors que la communauté féminine tient à se faire (re)connaître, on voit de plus en plus de teams composées uniquement de femmes en train de percer leur trou dans l’e-Sport. Dernièrement, une team de joueuses de Overwatch (où il y a également des personnes jouables féminins) a été créée et cherche à se faire une place dans ce monde d’hommes. Le combat risque d’être encore long pour que la femme soit l’égal de l’homme, mais dans le secteur des jeux vidéo, une révolution est en marche et la femme obtient enfin la place qu’elle mérite.